Dans ma dernière entrée avant les deux sondages (d’ailleurs, c’est Alexandryane qui l’a emporté, désolée pour les fans d’Alexandrine et pour le fan unique d’Alexandrina), je disais avoir enfin repris l’écriture, après de très très longs mois sans la moindre ligne, à cause de mes problèmes de concentration. Il y avait également une autre raison : le chapitre dont j’avais commencé la rédaction n’était peut-être pas le chapitre le plus facile à écrire.
En effet, il s’agit de ce que j’appelle un chapitre charnière, c’est-à-dire un chapitre qui regroupe une bonne partie des personnages du roman et qui s’axe sur un événement pas forcément inattendu de l’histoire, mais qui marque clairement la fin de quelque chose et le début de quelque chose d’autre, pour plusieurs des personnages (dans mon cas : pour tous).
Ma première difficulté : quel point de vue privilégier, vu que mes personnages ont tous leur importance, et que je n’ai donc pas de raison d’en choisir un plutôt que l’autre ? Seconde difficulté : gérer tous ses personnages en même temps, sans que ça ne devienne un véritable fouillis. Troisième difficulté, et inhérente à mon roman en particulier : gérer des personnages qui ont le même prénom (bon, vous me direz, je n’avais qu’à être un peu plus imaginative)…
Comment faire ?
Lily me parlait avant-hier de son problème pour un dialogue qui impliquait deux hommes, et me demandait si je connaissais un autre moyen que “le blond” et “le brun” pour différencier les personnages (nous avons d’ailleurs déliré sur un texte qui mentionnait “le mordoré”, sans nous rappeler d’où nous sortions ça, mais ça illustre bien le ridicule de cette méthode, à mon avis). Il y a évidemment “l’homme”, mais quand ce sont deux hommes, ça le fait moyen. “le grand”, “le petit”, “le gros”, “le maigre”, “le bossu avec un oeil torve” ne sont pas terribles non plus pour faire comprendre au lecteur de qui il s’agit. Personnellement, si je lis un texte où l’auteur mentionne son personnage en l’appelant “le gros”, j’aurais tendance à tiquer. Dans les autres moyens, nous trouvons quelque chose que j’utilisais beaucoup il y a quelques années et que j’essaie d’éviter aujourd’hui : “l’autre”. Moi, ça ne me choquait pas, mais ça choquait les lecteurs. Et je me suis dit que la personne qui avait utilisé “le mordoré” dans son texte n’avait pas dû être choquée non plus. Ça m’a décidé à éviter d’utiliser cette méthode.
Alors que faire ? Bon, déjà, vos personnages ont un prénom, ça peut être utile de s’en servir (s’ils ont le même prénom, c’est râpé). Pas trop souvent non plus, et rappelez-vous qu’à part dans les séries américaines débiles genre “Top model” (désolée pour les fans, s’il y en a), les gens ne sont pas toujours en train de s’interpeler par leur prénom quand ils discutent à deux, l’un en face de l’autre, seuls dans une même pièce.
- Oh, Charles, je suis si heureux de te voir ! s’écria Marc-Henri.
-Moi aussi, Marc-Henri, si tu savais ! lui répondit Charles avec fougue.
Le mordoré se leva pour saluer le châtain-clair-avec-des-reflets-ocre-sombre, tandis que l’autre lui ouvrait ses bras.
Evidemment, c’est ridicule, mais ça illustre bien mes propos. Donc, les prénoms, oui, mais il ne faut pas en abuser.
Rien ne vous empêche également de différencier vos personnages par leur manière de parler (sans tomber dans la caricature, et puis, on n’est pas dans Bienvenue chez les Cht’is).
Et le lecteur n’est pas non plus une nouille, il peut aussi identifier les personnages d’après le contenu de leurs dialogues ou vos descriptions. Si vous avez un personnage marié et un autre qui ne l’est pas, celui qui triturera machinalement son alliance est forcément le premier (à moins que votre perso marié ne porte pas d’alliance et que l’autre, qui n’est pas marié, en porte une pour faire croire qu’il l’est, mais après, ça devient un peu trop compliqué…). Si un de vos deux persos est assis sur une chaise pendant que l’autre est debout, celui qui va croiser et décroiser les jambes est le premier. Pas la peine donc de repréciser de qui il s’agit.
Je ne vais pas me la jouer plus longtemps “grand maître sioux”, mais ça m’intéresserait d’avoir vos méthodes !
Après, si vous êtes suicidaire, vous pouvez écrire un chapitre avec deux personnages se ressemblant beaucoup physiquement, portant le même prénom, aimant le même autre personnage, étant habillés quasiment pareil, ayant plus ou moins le même âge, etc. etc. Oui, je sais, j’aime la complexité.
Pour le point de vue, j’ai résolu mon problème en choisissant un point de vue “tournant”. Perso 1, perso 2, perso 3, perso 4, perso 4, perso 3, perso 2, perso 1. Je trouvais ça plus original que de reprendre à “perso 1″ juste après “perso 4″. J’aurais aussi pu faire perso 1, perso 2, perso 3, perso 4, perso 5, perso 6, perso 7 et perso 8, mais je ne sais pas, j’ai eu pitié de mes lecteurs. C’était déjà assez compliqué avec quatre personnages. L’avantage, avec ce genre de point de vue, c’est qu’on peut utiliser deux méthodes :
- La méthode qui consiste à reprendre la même scène, vue de plusieurs points de vue différents, avec à chaque fois des éclairages nouveaux qui y sont apportés. D’ailleurs, on peut aussi se retrouver avec une même scène, qui aura l’air complètement différente à cause de l’interprétation du personnage dont on a pris le point de vue.
- La méthode qui consiste à faire avancer l’histoire, en profitant des points de vue tournant pour montrer ce qui se passe ailleurs. L’avantage, c’est qu’on a une vue d’ensemble, que l’histoire avance, et qu’on a également les interprétations des personnages.
Pour mon chapitre 8, j’ai utilisé la deuxième méthode, qui me plaisait plus, parce que mes personnages étaient séparés en petits groupes et que ça permettait au lecteur de voir davantage de choses.
Mais franchement, l’écriture d’un tel chapitre est difficile, parce qu’il faut veiller à ne pas perdre le lecteur dans les méandres des points de vue, des noms des personnages tous plus ou moins identiques, des relations entre les personnages, des liens entre les personnages (familiaux, par exemple), tout en faisant avancer l’histoire.
J’ai pratiquement terminé la rédaction de ce chapitre, mais je dois avouer qu’il m’a très longtemps fait peur. Je craignais vraiment de le rater, étant donné son importance pour l’ensemble du roman. Ce qui me bloquait, c’était clairement l’histoire des points de vue. A partir du moment où ce point a été résolu, je ne vais pas dire que le chapitre s’est écrit tout seul, mais ça a été beaucoup mieux.
Et vous ? Comment gérez-vous ce genre de choses ?