M’étant vraiment remise à écrire récemment, je me suis rendu compte d’un problème qui tue vraiment mes textes : les dialogues. Après y avoir pas mal réfléchi, j’en suis parvenue à distinguer plusieurs causes qui font que mes dialogues ne sont pas réalistes, et j’ai proposé à Ness de vous les exposer. J’ai quelques réponses, mais pas toutes, et ce ne sont que des suggestions, rien d’absolu. Je serais ravie de voir vos commentaires et vos propositions !
1. La place du dialogue
Quand utiliser un dialogue ? En général, j’utilise un dialogue… quand je ne peux pas faire autrement. J’exagère un peu, mais dans l’idée, c’est ça. En gros, j’utilise un dialogue quand il apporte quelque chose à l’histoire ou aux personnages. Soit il fait avancer l’intrigue (une révélation, notamment), soit il caractérise un personnage ou la relation entre les deux interlocuteurs. Je sais que beaucoup d’auteurs (comme Ness, d’ailleurs) les utilisent plus fréquemment, et qu’ils le font avec brio, mais j’ai du mal à manier les dialogues et je préfère me limiter.
2. Les différentes voix des personnages
Evidemment, personne ne parle de la même façon. Le problème, c’est que tous les personnages d’un roman et leurs dialogues sortent de l’esprit du même auteur, et donc forcément, ils ont tendance à tous parler de la même façon.
Là-dessus, je vous conseillerais un très bon article de io9 que vous pouvez retrouver ici. Comme il est en anglais, je vais résumer quelques conseils donnés par l’auteur :
- écouter des vrais gens parler, dans un café par exemple
- essayer d’écouter la voix des personnages (quelque chose me dit que c’est la technique de Ness ^^)
- faire attention à qui s’adresse le personnage qui parle
- donner des tics verbaux et/ou des mots habituels aux personnages
- varier la longueur des phrases et la ponctuation…
Maintenant, je n’ai plus qu’à les suivre ^^ D’autres suggestions ?
3. La familiarité
La familiarité des dialogues est typiquement un problème que je n’ai jamais résolu. J’avoue ne lire que des romans en anglais, parfois des traductions, et je n’ai aucune idée de la façon qu’ont les auteurs français de se dépatouiller avec ce problème.
Pour mieux m’expliquer, un exemple bête : un de mes personnages sort une cigarette et demande à l’autre si ça le dérange. Comment poser la question ? Dans la vraie vie, un fumeur dirait quelque chose comme “ça te dérange pas ?”, mais c’est trop familier pour un roman (à mon sens, tout du moins). Plusieurs possibilités s’offrent : “ça ne te dérange pas ?”, “la fumée te dérange-t-elle ?”… J’ai finalement opté pour “est-ce que ça te dérange ?”, mais du coup, j’arrive à un autre problème : toutes mes questions commencent par “est-ce que”, parce que j’ai l’impression que les autres alternatives sont trop familières ou trop soutenues. Comment faites-vous, dans ce genre de cas ?
Je suis actuellement en train de lire Dead until dark de Charlaine Harris, et plusieurs de ses personnages ont une façon de parler très orale, mangeant des mots, utilisant de l’argot. De la même façon, dans Harry Potter, j’ai beaucoup aimé les dialogues d’Hagrid ou de Fleur, par exemple, parce qu’on les entendait vraiment parler. Par contre, j’ai l’impression que ces deux exemples ne fonctionneraient pas en français. Est-ce que vous pensez que c’est une spécificité de l’anglais de permettre cette liberté ou que l’on peut aussi s’autoriser en français à employer un langage familier, avec des tics de langage ?
4. Hors du dialogue
Ahem… C’est là que vient tout le problème. Interrompre le dialogue pour placer des pensées du personnage, une réaction physique de son interlocuteur ou autre.
Pour ce qu’il est des “dit-il”, “demanda-t-il” et autres, je les évite, ça enlève la moitié des répétitions ^^ Le dialogue doit normalement pouvoir être compris sans ces mots, ou avec un minimum d’entre eux, surtout quand il n’y a que deux interlocuteurs. Je me rappelle d’une époque où je mettais systématiquement ou presque “demanda-t-il” ET “répondit-elle”. C’est une réponse, on s’en doutait sans que ce soit écrit. Et vu que la question lui était adressée à elle, évidemment que c’est elle qui répond. Cet exemple vous semble extrême ? C’est sûr, et pourtant, j’ai parfois envie de sortir un crayon rouge pour en rayer certains dans des romans publiés que je lis.
Par contre, je n’hésite pas à interrompre un dialogue pour détailler la pensée de mon personnage. Un petit exemple :
— Tu ne pourrais pas partir, on te manquerait trop, murmura James.
Sebastian ne s’en savait que trop capable. Il savait que partir voudrait dire qu’il avait été incapable de tenir sa promesse, qu’il fuyait, mais Dublin, l’Irlande, l’étouffaient.
Sebastian réfléchit (il devrait arrêter, d’ailleurs, ça lui fait du mal) et ça me permet de montrer des pensées qu’il n’exprimera pas à voix haute. Je profite généralement d’une question rhétorique ou d’une phrase qui n’appelle pas de réponse pour faire ça : on ne se met pas soudain à partir dans des pensées philosophiques quand quelqu’un nous parle ^^ De même, je fais attention à ce que ces réflexions restent relativement courtes.
Voilà donc une petite liste des problèmes que je rencontre avec mes dialogues. Rencontrez-vous les mêmes ? Comment les réglez-vous ? D’autres problèmes de votre côté ?

le 5 novembre 2009
à 18:12
Et bien… Je fais pareil ^^ Je bave face à ceux qui savent utiliser les dialogues et n’en écris toujours qu’à contre-coeur. Quand je suis forcé, c’est souvent les répétitions d’un même mot ou d’une même syntaxe qui m’aident à caractériser tel ou tel personnage. Mais quand ceux-ci deviennent nombreux, et ben, ça se ressemble toujours beaucoup trop.
Ah si, la seule chose que j’arrive à rendre pas trop mal ce sont les répliques ironiques des personnages féminins au caractère bien trempé. Il n’y a qu’elles pour utiliser si bien l’ironie et les sarcasmes et je m’étonne à chaque fois d’avoir réussi à bien faire passer ces passages dialogués.
le 7 novembre 2009
à 22:59
hahaha. J’ai perdu le beau commentaire que j’avais écrit. Je vais essayer de le refaire sans perdre patience.
Bon. Alors.
J’ajouterais à la partie «écouter la voix du personnage» qu’il est tout aussi important d’écouter la voix du texte lui-même. Il y a selon moi des cas où c’est sacrilège d’écrire «je ne sais pas» au lieu de «je sais pas». Si la narration fait plus parlé que le dialogue, c’est un dialogue raté et peu crédible. À moins qu’il y ait une bonne raison.
Perso, je n’ai aucune gêne à écrire une réplique comme «Ça te dérange pas?». Il n’y a pas de trop soutenu ou de trop familier, seulement des situations où les niveaux de langage sont mal employés. (Et à ce moment il y aurait un trop ou pas assez)
Le niveau de langage qu’un personnage utilise véhicule de l’information sur le personnage, et pas seulement le contenu des répliques. Un ami qui te demande «Ça te dérange pas?» est différent d’un ami qui te demande «Cela te dérange-t-il?»
Et, des fois, il faut accepter le fait qu’un personnage n’aime pas parler, et qu’un autre parlerait pendant des heures.
le 8 novembre 2009
à 23:11
@ Antalgeek : Comment tu fais quand tu as ces problèmes de répétitions ? Tu réécris les dialogues ? Tu en enlèves certains ?
@ Gad : Je trouve très intéressant ce que tu dis sur la voix du texte, j’ai l’impression en plus de tomber dans ce piège. Je le garderai à l’esprit la prochaine fois que je me relirai.
Quant à enlever le “ne” de la négation, j’avoue qu’à l’écrit, ça me choque. Bon après, il faut dire que j’utilise systématiquement “ne pas” à l’écrit, même sur MSN. Il y en a dans le livre que je lis en ce moment, et malgré le fait que le personnage qui vire la moitié de la négation soit peu cultivé, ça me bloque à chaque fois que je le vois. Mais je pense que c’est seulement moi ^^
le 8 novembre 2009
à 23:34
“Nul besoin d’être vulgaire pour exprimer la vulgarité.” Et je dirais de même pour toute forme de parlé dans les dialogues. J’avoue avoir tendance à toujours vouloir “bien écrire” les négations et autres absences orales, même pour des personnages parlant mal ou ne sachant pas aligner deux mots. C’est beaucoup de compromis mais le texte en est tellement plus joli… quand ça marche, ce qui n’est pas forcément le cas souvent.
Pour les répétitions dans les dialogues, cela dépend. Un tic de langage (un personnage qui ponctue ses phrases par “Hein !”) peuvent être utiles pour le repérer sans s’encombrer de descriptions. Après, quand je réécris, tous mes dialogues passent par une lourde modification. Y a pas vraiment de solution miracle. Il me reste tellement de chemin à parcourir dans l’écriture…
le 10 novembre 2009
à 5:33
Héhé…
Mettre ou non les négations dans le dialogue est un gros débat dans les ateliers que j’ai suivis. Beaucoup de gens sont contre le fait d’enlever les négations, et il y a des situations où c’est vrai que c’est vraiment moche, mais il y en a d’autres où ça sonne beaucoup trop faux. Ça dépend du ton du texte.
Le ton que j’utilise dans mes romans m’empêche d’être complètement à l’aise avec l’élision des négations, mais dans mes nouvelles, je suis très près de l’oralité donc ça change complètement.
Dans ce sens, j’ajouterais qu’un dialogue n’est pas obligé de bien sonner quand on le lit à voix haute et qu’il est plus important qu’il ressemble à une ligne parlée quand on le lit dans sa tête. Généralement, les livres sont faits pour être lus dans sa tête, donc si ça «fait vrai», pour moi, c’est suffisant.
le 10 novembre 2009
à 17:15
Tu as pas tort, Gad. En fait, tu as clairement raison, mais les diminutions sont un de mes défauts quand j’écris ^^
Je viens de terminer La langue du silence de Samantha Bailly, et je me suis aperçue vers la fin qu’elle ne mettait pas les “ne” dans ses dialogues. Mais j’ai du lire genre 300 pages avant de m’en rendre compte. Comme quoi, ce n’est pas forcément choquant.