Les Enfants de l\'Ô

de l\'écriture à la publication

Décalages technologiques et culturels

Un article de Emmanuel26 septembre 2008 à 16:33

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Ayant vécu entre 1996 et 2004 de ma plume en tant que journaliste (critique de jeux vidéo, pour être précis), puis étant devenu auteur par la suite, j’ai souvent à cœur de défendre le fait, pour un auteur, d’être rémunéré pour chaque œuvre qu’il rédige. Il est bien établi de nos jours que demander de l’argent en échange de l’autorisation d’accéder à un contenu textuel, n’est pas une pratique courante sur le net. En tout cas, c’est un modèle économique très largement minoritaire par rapport aux sites et aux blogs où on accède “gratuitement” (entre guillemets car les frais d’hébergement et d’équipement entrent en ligne de compte) au texte et à l’information. Il s’agit là de ce qu’on pourrait appeler un fait culturel. Cet idéal du tout gratuit a conduit dans les dernières années de nombreux auteurs à proposer des textes, nouvelles et parfois romans dans leur intégralité, gratuitement. Il peut s’agir d’un choix tout à fait respectable et raisonné, reposant sur l’élaboration d’une œuvre en ligne avec le concours et les suggestions des Internautes. Il peut s’agir d’offrir à ses proches son travail littéraire. Là encore, rien à redire. J’ai moi-même fait l’expérience de mettre en disponibilité gratuite, durant une période d’un an, un recueil de nouvelles de science-fiction. A l’exception d’un site dédié à la lecture en ligne du nom d’In Libro Veritas, où le recueil a été pas mal lu, j’ai pu constater que le nombre de téléchargements gratuits n’était supérieur aux ventes physiques que dans un rapport de 60/40, et donc ne boostait pas la notoriété du livre autant que je l’aurais cru initialement. En faisant cette expérience, j’avais conscience de participer à cet idéal finalement assez fallacieux du tout gratuit, ce qui me mettait mal à l’aise. C’est peut-être une mentalité d’arrière-garde, mais j’ai toujours pensé qu’offrir des objets - fut-ce des objets intellectuels - à n’importe quel passant en dépréciait la valeur. Dans mon esprit, la masse d’œuvres gratuites présentes sur le Net, leur profusion a tendance à faire germer l’idée inconsciente que les textes poussent dans les champs qui bordent les autoroutes de l’information aussi naturellement que le blé dans nos campagnes.

Le problème, c’est que même pour faire pousser du blé, il faut de la main-d’œuvre. Il y a là un décalage entre la gratuité des œuvres et le travail qu’elles occasionnent. Un décalage culturel.

La même tendance à la gratuité existait déjà pour les morceaux de musique en téléchargement… à une différence notable près : avec l’arrivée des lecteurs MP3, les artistes ont commencé à avoir la possibilité de requalifier leur musique. Un morceau ne servait plus uniquement de décoration auditive à un site, mais pouvait faire office de produit d’appel pour tout un album qui viendrait occuper les mémoires des lecteurs MP3. Evidemment, la musique demeurant numérique, le piratage reste très tentant. Mais les chiffres (+16 % de vente de morceaux téléchargés en 2007) prouvent qu’une économie numérique de la musique est possible. La grande leçon, c’est qu’il aura fallu que des objets technologiques (les lecteurs MP3) naissent pour qu’un contenu immatériel dévalorisé regagne de la valeur.

Quel rapport avec le livre ? Eh bien cela tient en un mot, l’électrophorétique. L’électrophorétique, c’est la technologie de l’encre numérique qui rend possible la fabrication de lecteurs d’e-book (on peut aussi dire e-reader ou livrel) à des résolutions au moins aussi bonnes que les imprimés papier. Dans le numéro d’automne de la revue Médias, on nous annonce une baisse possible des prix des lecteurs d’e-books pour la fin d’année. On se situerait alors entre 150 et 300 euros pour un lecteur d’e-book capable de lire du .doc, du PDF ou du PRC (une technologie propriétaire inventée par Mobipocket). Toujours selon Médias, en Chine, la production de masse des fameux e-readers a déjà commencé. Quatre-vingt pour cent des éditeurs y proposent leur catalogue en version numérique. Le gouvernement chinois souhaite remplacer tous les manuels scolaires par des supports numériques à partir de 2012, pour des raisons à la fois économiques et environnementales.

En Europe, à Dresde, non seulement la société Plastic Logic a investi 96 millions d’euros dans la construction d’une usine, mais elle propose déjà un nouveau modèle d’e-reader grand format . Et en France, une expérimentation de prêt de lecteurs d’e-book s’est déjà mise en place à la bibliothèque universitaire d’Angers.

On est donc à l’aube d’une nouvelle révolution, qui devrait réduire encore plus drastiquement le nombre de journaux et revues papier, et augmenter le volume de leur version numérique. En contrepartie, on peut penser qu’il apparaîtra plus logique aux gens de payer pour quelque chose qui va approvisionner leur lecteur d’e-book, que pour l’accès à un simple site sur Internet. Il faut savoir qu’aux Etats-Unis, il existe déjà des formules d’abonnement à des journaux téléchargés à distance sur le Kindle, un lecteur d’e-book.

Michaël Dahan, co-fondateur du Bookeen rencontré au salon du livre de Paris 2008, se plaignait de l’absence de contenu numérique (moins de 10 000 livres français sont accessibles actuellement dans leur version e-book) pour ses machines. Un véritable paradoxe à l’heure d’Internet… Eh bien la bonne nouvelle, c’est qu’à l’image d’initiatives telles Babelpocket (librairie en ligne de vente d’e-books de Science-Fiction, Fantasy et Fantastique sans DRM), les auteurs ont désormais la possibilité de se regrouper et de proposer du contenu. Et de se faire, enfin, rétribuer pour ce qu’ils écrivent…



40 commentaires pour “Décalages technologiques et culturels”

    1

    Merci pour cet article très intéressant ! Je t’ai rectifié les catégories et j’ai mis les tags correspondants.
    Ce platic logic reader me paraît très intéressant, c’est un peu comme mon iLiad en grand format et en moins polyvalent, mais il a l’avantage d’être plus grand, et surtout, d’être très résistant.
    Vendre des livres, oui, mais… car il y a un mais. Personnellement, comme pour l’autoédition ou l’édition à compte d’auteur, je me pose la question de la qualité de l’ouvrage. L’édition à compte d’auteur a très mauvaise réputation, car bien souvent, le manuscrit de base n’est pas bon, et il ne sera pas meilleur à la sortie. L’autoédition, c’est à peine mieux, car même si certains s’y collent avec beaucoup de sérieux, d’autres font ça un peu par-dessus la jambe, et c’est dommage.
    Ce que je vais dire est paradoxal et il ne faut surtout pas le prendre personnellement, mais qui a envie de payer même une poignée d’euros pour un livre électronique mal relu, bourré de coquilles et dont le style bat de l’aile ? Certains auteurs en mal de publication ont sauté sur l’idée des nouvelles technologies pour vendre pdf (à l’époque) ou prc (maintenant). On trouve donc du bon et du beaucoup, beaucoup moins bon. Et comme on dit, chat échaudé craint l’eau froide. Donc, à mon avis, il y a encore quelques pas de géant à faire pour rassurer le lecteur, déjà frileux vis-à-vis de ces livres électroniques, et pour le persuader qu’il peut trouver dans l’un ou l’autre collectif d’auteurs ou encore sur des sites comme l’excellent Alexandrie Online les perles rares qu’il n’aura pas trouvé en librairie.

    2

    Il est amusant de constater comment la propagande s’insinue dans le discours à prétention informative :

    Là où Emmanuel clame : “le prêt de lecteurs d’e-book a déjà commencé dans les bibliothèques.”, l’article qu’il cite, plus réaliste, constate “Nous avons enfin démarré le prêt”

    L’article est à part cela très imprécis : on ne sait pas de quelle bibliothèque il s’agit (il s’agit d’une bibliothèque, et non de “les” bibliothèques comme le prétend Emmanuel) et l’on apprend en passant qu’elle est fréquentée par des étudiants. Ce serait donc une bibliothèque universitaire ou assimilée, ce qui paraît logique : l’e-book n’a aucun avenir hors du domaine technique (ce qui n’est pas si mal).

    Le lecteur de littérature a donc bien raison de se méfier de ces gens qui, fascinés par la technologie, en oublient la littérature.

    4

    La propagande est un excès d’enthousiasme. L’e-book n’a aucun avenir du tout. Il pourra régner quelques temps sur le domaine technique, le temps que la fabrication de livres à la demande se généralise. L’inconvénient de trimballer un appareil électrique au lieu d’un livre le condamne irrémédiablement. Objet bâtard, mulet du livre et de l’ordinateur, il sera forcément stérile. L’ordinateur récupérera son format léger et son écran souple. Le livre s’adaptera à la nouvelle donne, on le fabriquera soi-même chez soi. L’e-book (dont, déjà, l’absence de dénomination française en fait une curiosité temporaire) rejoindra au musée des Arts et métiers le décapsuleur, le minitel, la Trabant, le hareng saur, le pot d’échappement résistant au plomb, le franc français, le socialisme, la plume sergent-major, la baleine de corset, l’huile de foie de morue, le zeppelin, le fulmicoton et l’omnibus hippomobile.

    J’oubliais : l’ékranoplane.

    Requiem æternam.

    5

    A propos du décalage entre culture et technique et de l’adaptation de celle-ci à celle-là je recommande la lecture de L’âge du plip, de Bruno Jacomy, conservateur du musée des Arts et métiers.

    http://histoire-cnrs.revues.org/document423.html

    6

    Ah, ça t’a marqué, l’ekranoplane, n’est-ce pas ? En France, ça s’appelle livrel, si je ne me trompe pas. Maintenant, est-ce que le mot a été accepté, je n’en sais rien. De toute manière, des mots anglais dans la langue française, il y en a des tas. Week-end, ketchup, par exemple. Email (ok, courrier électronique, voire courriel, mais qui utilise ça ?)…
    A part ça, je partage ton avis concernant les liseuses : je pense que d’ici cinq ans environ (c’est-à-dire dès qu’ils auront ENFIN trouvé une solution pour pouvoir utiliser un ordinateur en plein soleil et une autre solution pour avoir une batterie qui tient plusieurs dizaines d’heures sans forcément se trimballer la mallette façon “je vais faire une expédition à but scientifique en Antarctique”), les nouveaux ordinateurs portables remplaceront avantageusement les liseuses. Mais bon. Le format restera, de toute manière, et ça fait déjà des années qu’il est là.
    Vous vous souvenez des lecteurs mini-disc ? J’en ai un (un walkman mini-disc, et même un lecteur mini-disc de salon) et franchement, je trouve ça génial… pour une certaine utilisation, qui est l’utilisation de la cassette. Le mini-disc a été une sorte de transition entre le CD et les lecteurs mp3. L’inconvénient du CD : une fois gravé, pas possible de revenir dessus (je parle d’il y a dix ans), pas possible d’enregistrer facilement (à moins de se trimballer son ordi, son micro, etc. Super pour enregistrer un cours en amphi, n’est-ce pas). Malheureusement, le mini-disc a été victime d’un concurrent imprévu : le format mp3 et ses lecteurs, iPods en tête. Je n’échangerais mon iPod pour rien au monde (et surtout pas les 50Go de musique qu’il y a dedans ^^), mais je tiens également à mes mini-discs.
    Je pense que les liseuses intéresseront toujours une certaine catégorie de personnes, mais que la majorité se tournera vers les solutions proposées actuellement (ordinateur) ou d’ici quelques années.
    Autre exemple de quelque chose qui semblait indispensable à son époque et dont l’heure de gloire a duré deux ans au grand maximum : Tatoo. Je m’en rappelle encore.
    Bref, tout ce blabla parce que je suis bloquée dans un paragraphe dans mon chapitre 17 et que je procrastine en toute impunité :)

    A part ça, j’ai un décapsuleur dans un tiroir de ma cuisine, et pour les bières, c’est quand même bien pratique. Et à part les Kro, je crois que les autres nécessitent un décapsuleur. Bon, on peut aussi y aller à l’arrache et péter le col de la bouteille contre le plan de travail, mais moyen moyen. En tout cas, je crois que je ne serais pas masse contente si mon copain faisait ça et foutait de la bière partout dans la cuisine.

    7

    En fait, ce qui va définitivement plomber les livres électroniques, c’est que leurs thuriféraires ne peuvent s’empêcher de jargonner dès qu’ils en parlent. C’est aussi simple que cela.

    8

    Je n’en suis pas sûr, François. On pouvait penser que les lecteurs MP3 seraient réservés aux geeks et à leur vocable barbare. Idem pour les téléphones portables et leurs SMS. On s’aperçoit que de plus en plus de gens les utilisent pour une simple raison : c’est pratique. Simplicité, ergonomie et confort d’utilisation sont des atouts majeurs pour les nouveaux objets inventés. Je ne dis pas que le lecteur de livre électronique sera éternel. Mais depuis qu’il y a des systèmes d’exploitation, on s’aperçoit que les ordinateurs mettent un certain temps à démarrer. Le champ de possibilités offert par l’ordinateur, et notamment la présence d’un clavier, peuvent aussi être un frein à son utilisation. Quelqu’un qui veut aller droit au but, lire un bouquin et rien faire d’autre, choisira le livre électronique, peut-être justement parce qu’il a choisi de lire (par exemple, sur son trajet au boulot) et qu’il ne veut pas que d’autres choix lui soient rendus possibles par la machine. (Bon, cela dit, les lecteurs d’e-book actuels font aussi lecteurs de MP3.)

    Une chose est sûre, c’est que les prix des e-readers vont baisser. Est-ce qu’il sera techniquement possible dans les 5 ans d’avoir un ordinateur doté d’un écran fonctionnant à l’encre électronique ? Je demande à voir. Et est-ce que ce même ordinateur sera d’un coût similaire aux livres électroniques compte tenu de la baisse de ces derniers ? Rien n’est moins sûr. Wait and see…

    9

    Il faut voir. J’ai eu la chance d’avoir un ordinateur portable en l’an 2000, et pas n’importe quoi. Un ami, manager chez HP, m’a donné son “vieux” omnibook 800. Ordinateur miniature, format 10 pouces, pas hyper lourd… A l’époque, cette petite merveille devait coûter plusieurs milliers d’euros. Maintenant, des ultraportables comme ça, on en trouve à 300€, et bien plus puissant que celui que j’avais à l’époque. Je crois que le domaine où le progrès est le plus rapide est bien l’informatique, donc à mon avis, en 5 ans, il peut se passer beaucoup de choses… Les écrans ont déjà bien évolué, je pense que cette évolution ne s’arrêtera pas là.
    Mais bon, moi, de mon côté, j’aime bien les liseuses et je les trouve très pratiques.

    10

    >>Quelqu’un qui veut aller droit au but, lire un bouquin et rien faire d’autre, choisira le livre électronique, peut-être justement parce qu’il a choisi de lire (par exemple, sur son trajet au boulot) et qu’il ne veut pas que d’autres choix lui soient rendus possibles par la machine. <<

    Réfléchis un peu : cet individu achètera un livre en librairie, tout simplement.

    11

    Je pense qu’il y a un marché pour les livres électroniques. On ne tombera sans doute jamais d’accord là-dessus et seul l’avenir pourra donner raison à l’un de nous. On verra bien :) En attendant, ma liseuse, je l’aime bien, et ça me permet de lire des livres disponibles uniquement au format électronique sans devoir les imprimer.

    12

    “Réfléchis un peu : cet individu achètera un livre en librairie, tout simplement.”

    Ça dépend du prix de la liseuse électronique : il faut bien reconnaître que les livres au format 16×22, qu’ils soient imprimés à la demande ou en offset, sont trop chers. Les livres en poche sont beaucoup plus attractifs, mais restent plus chers que des livres électroniques (vendus au juste prix, on a vu malheureusement que certains éditeurs sont tentés de vendre un livre électronique à un prix équivalent à celui de la version papier, ce qui est une absurdité). Sur Babelpocket, par exemple, les livres électroniques sont vendus environ à 3 euros en moyenne.

    Admettons que le prix des liseuses baisse à 100 euros, ce qui est loin d’être le cas pour l’instant, on est d’accord.
    En dix livres achetés, tu économises déjà 30 euros par rapport aux livres de poche et plus de 150 euros par rapport à des livres en 16 x 22 vendus, disons à 20 euros. Et tu as accès à tous les livres que tu trouves sur Internet ! Avec le dictionnaire d’anglais préchargé, tu peux aussi télécharger des œuvres anglo-saxonnes et les lire dans le texte ! Tu prends 5 ans d’avance sur les traductions de livres anglais !

    Les gens auront vite fait le calcul. Le principal frein pour le moment est le prix d’achat trop élevé. Mais je peux te dire que les générations actuelles d’écoliers verront la différence, quand ils n’auront plus à transporter leurs manuels scolaires. Et les parents aussi, sur leur porte-monnaie. Les médecins, eux, auront quelques cas de scoliose en moins à traiter…

    Donc, je suis d’accord avec Ness, il y a un marché pour le livre électronique, marché qui ne fera que s’accroître à mon avis.

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    Le prix des livres n’a aucune importance. Les gens achètent des livres principalement par compulsion. L’immense majorité des livres achetés n’est pas lue.

    Essayez de vendre des rivières de diamants électroniques. Lorsque vous aurez réussi, vous pourrez essayer avec les livres.

    14

    >>Les gens auront vite fait le calcul. Le principal frein pour le moment est le prix d’achat trop élevé. Mais je peux te dire que les générations actuelles d’écoliers verront la différence, quand ils n’auront plus à transporter leurs manuels scolaires. Et les parents aussi, sur leur porte-monnaie. Les médecins, eux, auront quelques cas de scoliose en moins à traiter…<<

    Les écoliers ne sont pas décideurs, dans l’acte d’achat des livres scolaires : c’est l’école qui l’est. La solution est simple, déjà appliquée par l’école de mon plus jeune fils : il y a deux livres, un à l’école, un à la maison. Les livres scolaires ne sont plus à la charge des parents depuis longtemps.

    Vous vivez dans quel monde, les p’tits jeunes ? Dans le rêve ?

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    Eh bien ton fils a de la chance, parce que d’ici que ce soit appliqué à toutes les écoles, il passera beaucoup d’eau sous les ponts.
    Certaines écoles proposent l’iLiad comme alternative aux livres de cours et les offrent aux élèves pour les phases de test. Si tu veux mon avis, pour l’école, c’est beaucoup moins cher… Un iLiad par élève, même à 300€ (soyons réalistes, les prix en France sont surfaits et en commande de stock, on peut les avoir bien moins chers), c’est moins cher que 10 livres x 2…
    On verra bien, de toute manière.
    Moi, ce que j’en dis, c’est que seul l’avenir pourra donner raison à l’un de nous. Pour ma part, je pense qu’il y a un marché pour les ebooks, mais qui va durer seulement quelques années.
    Emmanuel pense que ce marché durera plus longtemps.
    Tu penses qu’il n’y a pas vraiment de marché.
    Rendez-vous dans 5 ans :)

    (oh, et puis à part ça, dernièrement, j’ai acheté pas mal de livres neufs (d’habitude, j’achète tout d’occaze et en poche) lors de mes salons, et franchement, je suis désolée, mais même si le prix du livre en France est moins cher que celui du livre en Suisse, le prix du livre en France est trop élevé. Ce n’est que mon avis, c’est-à-dire l’avis de la nouvelle génération, qui n’a pas de fric et a donc peu à dépenser… Cette même génération qui achètera le plus de livres d’ici quelques années… Il ne faut pas se leurrer, les générations suivantes lisent de moins en moins. Quand je vois que ma soeur doit lire trois ou quatre livres par année… Donner une alternative aux gens qui ont envie de lire mais n’ont pas le fric pour mettre 20€ par-ci, 20€ par-là, je trouve que c’est très bien.)

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    La nouvelle génération est pourrie de fric. Elle en a bien plus que nous. Elle a des ordinateurs et des téléphones portables et voyage en train ou en avion. Nous n’avions pas de téléviseurs, pas de téléphone du tout et pratiquions l’autostop.

    La nouvelle génération est, comme toutes les nouvelles générations, un peu con. Je en dis pas ça contre vous. C’est juste que si le niveau de vie avait baissé, cela se saurait. J’ai eu l’air fin, lorsque je me suis plaint un jour il y a longtemps à mon père que son époque avait été meilleure que la mienne : c’était l’Occupation.

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    Euh… La nouvelle génération a des ordis portables et des téléphones parce que ça ne coûte rien, et surtout, parce que si tu n’as pas ça, t’es un peu perdu niveau boulot et autre.
    Quant aux voyages en train et en avion, quand tu vois ce que ça coûte maintenant et ce que ça coûtait il y a 15 ans, il n’y a pas photo.

    A part ça, ma mère avait la télé quand elle était petite, et évidemment, elle avait un téléphone… Elle est née en 51.

    Je pense comme toi qu’il n’y a pas d’époque meilleure qu’une autre. Il y a des avantages et des désavantages comme pour toute chose.

    A part ça, je pense quand même qu’il est plus difficile actuellement de trouver un emploi bien rémunéré, et même un emploi tout cours. Ça a été très difficile aussi à d’autres époques, mais là, actuellement, c’est plus difficile qu’il y a 10 ou 15 ans, par exemple.

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    Oui, mais tu es fille de riches, ce qui n’est pas le cas de tout le monde. Peu de gens, en France, avaient le téléphone avant 1974 (Giscard), et peu la télé avant 1970.

    Mon grand-père avait la télé, en 68, mais il était banquier. Nous avions le téléphone, mais ma mère était sage-femme, situation qui lui permettait d’être prioritaire.

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    Fille de riches, je ne dirais pas ça. Mais bon, déjà, ce n’était pas la France, ça peut expliquer l’histoire du téléphone. En tout cas, je suis certaine que mes parents avaient le téléphone dans leur enfance, et pareil pour la télé (mon père l’a eue plus tard, parce qu’il était super pauvre dans un petit village de haute montagne, mais ma mère l’a eue, j’en suis sûre, avant ses 15 ans)

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    N’empêche que, retourne la question dans le sens que tu veux, les jeunes Européens d’aujourd’hui, hors certaines banlieues, sont pourris de fric.

    (”Pourris”, c’est une façon de parler. Ils ont de l’argent facilement) Un scooter aujourd’hui vaut bien moins cher qu’une vilaine mobylette, de mon temps.

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    Cela ne change pas l’idée de départ, qui est que les livres sont trop chers et que les liseuses de livres électroniques sont intéressantes pour ceux qui veulent, justement, lire des livres électroniques. J’ai très envie de lire Jules Verne ou d’autres auteurs que l’on trouve actuellement en téléchargement libre sur le net, mais aucune envie d’acheter plein de livres, qui coûteront cher, et surtout, rempliront ma bibliothèque. Donc, pour moi, la liseuse est très intéressante.
    Après, ceux qui aiment les livres papier et qui ont de l’argent à dépenser pour ça sont libres de les acheter. Ce n’est pas parce que tu as de l’argent et que tu tiens absolument aux livres papier qu’il faut dénigrer ceux qui trouvent les liseuses bien pratiques.
    Chacun son avis. L’usage qu’on fait de l’un ou de l’autre n’est pas le même, et les deux ne sont en tout cas pas incompatibles. Si j’ai mon ordi avec moi, c’est clair que je ne vais pas prendre la liseuse, mais plutôt un bouquin papier. Si je pars pour quelques jours sans l’ordi, je suis contente d’avoir la liseuse, je peux y mettre beaucoup de choses (en particulier des livres de médecine ou des trucs qui m’intéressent pour mon roman, mais que je ne tiens pas à imprimer ni à trimballer avec moi (4000 pages le bouquin, ça fait pas envie)).
    Je ne suis pas contre les avancées technologiques. Je regarde, certaines sont intéressantes, d’autres moins, je prends ce qui est intéressant pour moi. Si les autres ne sont pas intéressés, c’est leur problème. En tout cas, il y a des millions de personnes intéressées par les liseuses. Si ça fait un flop, ça fait un flop, sinon tant mieux pour les sociétés qui investissent là-dedans. Si je ne me trompe pas, les gens ont été un peu frileux à investir dans une petite société d’informatique aux idées farfelues, il y a une vingtaine d’années… Cette petite société aux idées farfelues a fait de son créateur l’homme le plus riche du monde. Je prends le risque de m’intéresser aux liseuses, tout en étant consciente que c’est un marché limité à un certain public-cible, et un marché qui va sans doute durer quelques années seulement. Cela dit, c’est un marché quand même, et je trouve qu’il vaut la peine qu’on s’y intéresse. Aux USA, en tout cas, ils s’y intéressent bien.

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    @ François : Je ne suis pas sûr que dans l’ensemble, les gens aient vraiment plus d’argent qu’avant. On parle d’érosion de la classe moyenne. On dit que de plus en plus de gens ne peuvent partir en vacances. On est sans doute beaucoup mieux protégés (surprotégés ?) au niveau sécurité sociale, on est entourés de primes à l’emploi et d’aides sociales. Toutes choses très réconfortantes, mais qui ont un coût en matière de prélèvement direct et indirect. J’ai l’impression que, comme beaucoup de gens vivent juste au-dessus du seuil de pauvreté, ce sont autant de personnes qui ont beaucoup moins de marge de manœuvre au plan financier. Quand les gens ont vu, par exemple, qu’ils pouvaient acheter les morceaux de musique qu’ils voulaient sur le net et non plus se voir imposer l’achat d’un CD complet, ils se sont rués dans la brèche. Parce que ça leur revenait moins cher et qu’ils avaient ce qu’ils voulaient. Quant à l’achat impulsif, conditionné par la pub, le marketing et les beaux visuels, il existera toujours, mais on peut penser qu’en parallèle, d’autres types d’achats sont en train de voir le jour.

    Si tu voyages dans le temps et que tu vas dans les années 60 pour revenir aussitôt après de nos jours, c’est sûr que tu vas avoir l’impression que le niveau de vie a considérablement augmenté : on a des écrans plasma, les gadgets en tout genre abondent, les voitures pullulent, etc. Mais si tu regardes les choses plus attentivement, tu te rendras compte, peut-être, que la technologie est devenue une sorte de refuge (j’allais presque dire “faute de mieux”), et que les salaires moyens n’ont pas tant augmenté. Il faut voir, aussi, les états d’esprit respectifs des différentes époques. Depuis les années 70, les médias nous assènent que “c’est la crise”. Ils ne semblent pas s’apercevoir que la période des 30 glorieuses était une période de reconstruction, une période exceptionnelle notamment sur le plan de l’emploi. On est passé des 30 glorieuses à la crise comme s’il n’y avait pas de juste milieu. Or, que le chômage soit structurel dans une société qui n’a pas un besoin de main d’œuvre particulier, c’est justement la norme. C’est naturel. Mais c’est tellement mieux, n’est-ce pas, de se fustiger… (De là à dire que les médias prétendent que c’est la crise pour générer un stress et déclencher un réflexe de consommation… il y en a qui franchissent le pas).

    On pourrait aussi dénoncer la société de consommation actuelle avec tout ce qu’elle comporte de superficiel - et c’est bien de le faire - mais il ne faut pas oublier que chaque époque est déterminée par l’époque précédente, et porte à son tour en germe ce qui suivra. Si faute il y a, on ne peut donc en imputer la responsabilité à une seule génération, puisque les parents et les grands-parents ont eux aussi contribué à ce qu’on en arrive là.

    23

    Oui, mais toi, tu es riche : tu as un ordi et une liseuse, ce qui, pour la plupart des gens, est inutile et plombera les ventes de liseuses.

    D’une part les gens lisent peu (1/2 livre par personne et par an en France), d’autre part les livres ne sont chers que dans ton imagination (mais ça t’arrange de le penser), un livre neuf en France, aujourd’hui, vaut environ le prix d’un menu dans un petit resto le midi, ce n’est rien. Un livre de poche d’occasion vaut le prix de trois cafés au comptoir ou un Big Mac, c’est trois fois rien. Nul n’oblige à conserver le livre lu dans sa bibliothèque, il y a des poubelles municipales à tous les coins de rues. Et puis, surtout, la quantité de public qui sera intéressée à acheter des liseuses est trop faible pour assurer un marché intéressant, parce que l’objet livre a des qualités qui ne sont pas celles du texte qu’il présente. C’est un bel objet, valorisant pour son propriétaire, décoratif, auquel on s’attache, etc.

    Biens sûr, tu déclares vouloir lire Jules Verne, mais tu ne le lis pas en vérité. C’est trop facile de lire Jules Verne, et cela ne permet pas de briller en société (tente, pour voir, d’épater ton monde en déclarant que tu viens de lire Mathias Sandorf ou Face au drapeau ! )
    Or 80% de l’intérêt du livre est la position sociale qu’il donne à celui qui le possède, ou l’a écrit. D’ailleurs je connais certaine jeune femme, auteur d’une improbable saga familiale qui déclare vouloir faire imprimer cette saga pour la vendre. je me demande bien pourquoi. la proposer aux liseuses ne serait-il pas plus en conformité avec son credo ?

    Non, tu ne prends aucun risque en t’intéressant aux liseuses, pas plus qu’en collectionnant les porte-clefs ou en mangeant (comme moi) de la morue séchée. C’est sans danger. Que d’la frime.

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    @ Emmanuel : le seuil de pauvreté est une valeur relative, il monte en même temps que les gens s’enrichissent. Vivre en dessous du seuil de pauvreté ne fait pas de vous, objectivement, un pauvre.

    Oui, avoir une bonne protection sociale, c’est un avantage. Oui, les gens renoncent à partir en vacances, mais pas parce qu’ils sont plus pauvres : parce qu’ils claquent leur fric dans autre chose. Ils ont aussi le double de vacances que la génération précédente. A certaines époques de l’année, on voit très bien dans les rues de Paris que beaucoup sont partis.

    On vivait dans ma jeunesse avec un compteur bleu, comble du modernisme à l’époque. Tentez l’expérience, pour voir, faites-vous brider votre compteur électrique à 6Kw/h et voyez comment on vit avec si peu !

    Arrêtez-donc un peu de vous plaindre !

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    @Emmanuel : je partage complètement ton point de vue, mais bon, ça, tu l’as sans doute compris.

    @François : je ne vais jamais au resto, je vais rarement au McDo, je ne vais pas au cinéma, j’achète mes fringues en solde, j’achète de la bouffe M-budget (discount Migros) ou dans les magasins discount style Lidl (d’ailleurs, C’EST lidl, là où je vais), j’ai un scooter, pas une voiture (bon, tu sais que de toute façon, la voiture, j’en ai peur, mais admettons que je n’en aie pas peur, je n’en aurais pas eu non plus). Moi, je m’en tape, de l’impression papier des Enfants de l’Ô. C’est les lecteurs qui veulent un roman papier parce qu’ils n’aiment pas lire sur internet (et je les comprends). Après, ils pourraient s’acheter une liseuse, mais bon, je ne vais pas les obliger, hein.
    J’ai un ordinateur, certes. Je vais même te dire une chose qui va t’impressionner, j’ai 4 ordinateurs (deux seulement en service). Au prix ridicule où je les ai payés (à part le mac, évidemment), ça ne fait pas de moi quelqu’un de riche. Ça fait juste de moi une personne qui fait du graphisme et du webdesign, et dont c’est l’outil de travail. Un mec qui est dans un groupe de musique aura une bonne guitare, ceci même s’il ne fait que les bars miteux, est-ce que ça fait de lui quelqu’un de riche ?
    Ne confondons pas outil de travail et loisirs.

    A part ça, je ne me plains pas, je dis juste que MOI je n’ai pas envie de payer 20€ pour un livre format papier. Et je n’ai pas payé la liseuse non plus, sinon, crois bien que je ne l’aurais pas achetée. Dans la situation où je me trouvais à ce moment-là, à me demander si j’allais pouvoir garder mon appart ou si j’allais devoir retourner chez mes parents dans la chambre d’amis, je n’étais pas trop dans le trip “j’achète des trucs à 500€”.

    Donc voilà, on peut avoir un ordinateur portable et une liseuse et faire partie de la classe moyenne pauvre.

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    Et pour recadrer un peu la discussion, j’aimerais bien qu’on se contente de parler des liseuses, et non pas du fait que je sois riche ou non, ou que mes parents aient eu un téléphone ou non, parce qu’honnêtement, on s’en tape un peu, ce n’est pas la question.
    Si les gens ne peuvent pas se payer une liseuse, qu’ils ne l’achètent pas. Ça ne va pas empêcher ceux qui ont les moyens et l’envie d’en acheter une.
    Je suis sûre qu’en Afrique, là où ils n’ont pas de fric du tout, ils ne pensent pas qu’internet, c’est de la merde, et que ça ne marchera jamais.

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    Certes, on peut, mais cela ne suffit pas à faire un marché des liseuses.

    OK, tu trouves que les livres à 20 euros c’est trop cher, mais… à part toi et indépendamment de tes préférences d’achat, il existe suffisamment de gens prêts à acheter des livres (et même des mauvais livres) à 20 euros, pour entretenir une industrie éditoriale extrêmement prospère (je te recommande le salon du livre de Paris pour l’admirer dans soute sa splendeur, mais à Nancy, ce n’était déjà pas si mal, comme exhibition).

    Tant qu’il sera plus simple d’ouvrir un livre pour le lire (sans bouton on/off ni de batterie à recharger), que de déchiffrer le jargon d’un mode d’emploi abscons écrit par des informaticiens japonais, la liseuse n’aura aucun intérêt. Ce n’est qu’une application pratique du Rasoir d’Occam.

    Bon, sur ce, je vais arrêter car je sens que je vous embête. Les croyants de toutes les religions détestent toujours la contradiction.

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    Tu ne m’embêtes pas, personnellement, tant que ça reste dans le sujet. Oui, il y aura toujours des gens pour acheter des livres à 20€. De moins en moins chaque année, mais il y en aura toujours assez, de toute façon.
    D’ailleurs, on le voit bien, le téléchargement illégal de musique n’a pas DU TOUT plombé l’industrie du disque… pas du tout. Pour pousser les gens à acheter quand même des disques, qu’est-ce qu’ils ont fait ? Ils ont baissé les prix. Pareil pour les dvds.
    Il y a quatre ou cinq ans, un CD coûtait dans les 30 chf (en Suisse, c’est pas cher). A présent, ils coûtent 19.90chf à la sortie, et passent rapidement autour des 9.90chf. Résultat : les ventes remontent. Bizarre, non ?
    Tout ce que je peux souhaiter à l’industrie du livre (car il s’agit bien d’une industrie), c’est qu’un sérieux concurrent arrive (pas persuadé que ce soit la liseuse, en tout cas, pas avant qu’ils ne baissent les prix ou ne fassent un produit plus intéressant dans sa globalité) pour que les prix soient ENFIN baissés. Car il ne faut pas se leurrer, la part de ce qui va à l’imprimeur est faible, la part de ce qui revient à l’auteur, encore plus. L’éditeur a une marge importante, mais la plus grande marge revient au libraire, non ? Bon, évidemment, ce n’est pas parce que JE ne vais jamais dans les libraires (faut dire, avec ce qu’on a en Suisse…) qu’il faut forcément baisser la part du libraire, mais quand même. Moi, mes livres, je les achète sur Amazon, là où ça ne coûte pas cher. Ou dans les salons, surtout si j’ai trouvé l’auteur sympa.
    Après, c’est chacun son avis.

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    >>L’éditeur a une marge importante, mais la plus grande marge revient au libraire, non ? <<

    C’est le diffuseur, le roi de l’édition, aujourd’hui. C’est lui qui commande à tous les autres.

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    Aujourd’hui, la diffusion décide de ce que les éditeurs vont publier. Un gros succès à la Nothomb leur donne moins de travail que les petits éditeurs, pour un résultat bien meilleur.

    En favorisant le livre immatériel (l’e-book), vous, thuriféraires de ce machin, vous préparez la suprématie absolue de la diffusion, qui aura des moyens immenses pour imposer ses goûts au public sans avoir l’inconvénient de devoir dépendre du distributeur.

    Vous aurez ainsi bien scié la branche sur laquelle vous êtes assis.

    >>mais ce n’est pas en restant sclérosé sur d’anciennes pratiques qu’on y arrivera.<<

    Toujours cette manie de rabaisser celui qui ne pense pas comme soi : ne t’étonne pas si ça t’arrive au coin d’une rue !

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    Pas sûre du tout que ton argument tienne la route, François. Au contraire. Les éditeurs n’étant plus dépendants de la diffusion, ils pourront eux-mêmes distribuer les livres qu’ils ont ENVIE d’éditer, et non pas les livres qu’il FAUT éditer pour vendre.
    Les e-books n’auront sûrement pas le même public, donc il est tout à fait possible d’avoir les libraires, toujours là pour distribuer les Amélie Nothomb, Marc Lévy et autre, et les éditeurs-diffuseurs, qui pourront mettre en avant certaines perles de la littérature, accessibles à un public plus restreint mais plus passionné. Dans les deux cas, l’éditeur y gagne : il continue à diffuser via le libraire, et en plus de ça, il diffuse aussi lui-même sans payer la part du libraire, ni celle de l’imprimeur, ni celle de l’auteur, d’ailleurs, vu que les anciens contrats ne prévoyaient pas, si je ne me trompe pas, une rétribution de l’auteur pour un format électronique.
    A part ça, mon avis personnel, c’est que c’est surtout toi qui rabaisses ceux qui ne pensent pas comme toi. Je ne parle pas seulement de ce blog, mais aussi de la manière dont tu dénigres tout ce qui sort un peu de l’ordinaire. Laisse donc faire les gens : s’ils se cassent la gueule, ils se cassent la gueule, s’ils réussissent, ils réussissent. C’est tentant, c’est vrai, de les empêcher de se casser la gueule, mais quand il n’y a pas de certitude possible, autant leur laisser le libre arbitre.

    Sinon, je suis de l’avis d’Emmanuel, en moins enthousiaste et moins optimiste.

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    >>Dans les deux cas, l’éditeur y gagne : il continue à diffuser via le libraire, et en plus de ça, il diffuse aussi lui-même sans payer la part du libraire,<<

    Mademoiselle du Frat mélange tout. Elle ne sait pas ce qu’est la diffusion, visiblement, et la confond avec la distribution… Ce n’est pourtant pas du tout la même chose !

    En tout cas, ce n’est pas ce qu’on peut observer aujourd’hui (depuis vingt ans, en gros). Le libraire a tendance à disparaître, au profit de l’internet et des grandes surfaces (en France, en tout cas, merci la Poste et la loi Lang, qui asphyxient la librairie).

    Pour l’instant, l’édition résiste à la distribution numérique, grâce au fait que, justement, les livres sont de relativement beaux objets et que le public est plus attaché au papier qu’au texte imprimé dessus. Mais si on observe ce qui s’est passé avec le cd de musique, on voit que cette industrie a beaucoup souffert (sa place dans les FNACs s’est beaucoup réduite). Alors que, de mon temps, nous dépensions beaucoup d’argent pour acheter quelques 33 tours (que nous ne pouvions en aucune façon copier), la possibilité de dupliquer rapidement et d’échanger par le net a presque fait couler les éditeurs (qui se sont fait racheter par Warner et Universal). Dans certains domaines, c’est radical : l’édition classique n’existe presque plus. Il n’y a pas que le numérique qui soit en cause : la liberté des radios a aussi fait beaucoup. On trouve les chiffres de production assez facilement.

    En fait, ce seront les petits auteurs qui seront les grands perdants de l’histoire. On peut déjà observer la tendance : lorsqu’il était cher et compliqué de faire imprimer des livres , c’était simple : les livres publiés étaient vendables, parfois bons. Il y avait tris compte d’auteuristes, on les connaissait, on les évitait. Aujourd’hui, c’est un stade intermédiaire : faire imprimer un livre est bon marché. Tout le monde le fait, à CA ou à CE. Le marché est saturé de mauvais livres et, forcément, le public se méfie des petits auteurs. Les best-sellers vendent plus que jamais, au grand bonheur des diffuseurs, des libraires et des éditeurs (gagner plus d’argent en travaillant moins, c’est le rêve de tout un chacun).

    Prochaine étape, telle que certains la rêvent : le livre devient gratuit. Le marché sera donc inondé de très mauvais textes. Les rares bons textes inconnus seront encore plus noyés. On arrivera vite à la certitude que pour lire de bonnes choses, il faut aller chez les Grands. A l’idée répandue aujourd’hui : les CA, c’est de la m… se substituera une nouvelle doxa : hors des sentiers battus, rien à lire. Le public est moutonnier, il ne faut pas l’oublier.

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    >>Des termes comme “thuriféraires” ou “propagande” ne sont pas précisément exempts de toute agressivité, François.<<

    Oui, mais ils décrivent exactement ce que vous faites, tandis que la sclérose des éditeurs de livres, elle reste à démontrer !

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    Un livre est un livre. Les seuls faux livres, sont ceux publiés à compte d’auteur et, depuis peu, les fichiers .pdf qui ne sont pas des livres.

    Le livre gratuit, c’est ce qui vous enchante, les afficionados de l’e-book : le domaine public gratuit en téléchargement, c’est bien joli, mais c’est un gros manque à gagner pour l’édition. Le piratage n’est pas une dérive de l’internet, c’est sa principale caractéristique (on lui a trouvé une plus jolie appellation, on dit “le partage”).

    Je doute que la culture s’émancipe par le fichier informatique : personne ne lit ces fichiers du domaine public : l’internet rend paresseux. Et le livre n’est pas cher (il y en a de très beaux, à trois ou six euros, d’occasion, au marché, près de chez moi).

    Fais donc un test ! Demande autour de toi combien de livres du domaine public, et lesquels, les gens que tu connais ont lu en 2008 … Parce que, faut pas oublier non plus un fait important : les amateurs de fichiers informatiques ne lisent pas de littérature !

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    “Parce que, faut pas oublier non plus un fait important : les amateurs de fichiers informatiques ne lisent pas de littérature !”

    C’est typiquement le genre d’affirmation péremptoire gratuite que rien ne permet d’étayer.

    Il faut savoir que la plupart des liseuses sont fournies avec des livres du domaine public. N’y aurait-il à retenir qu’un seul des arguments que j’ai cité en faveur des lecteurs d’e-books, ce serait celui-là : s’ils peuvent permettre de faire découvrir des grands classiques à des jeunes (ou moins jeunes) qui ne jurent que par l’informatique, alors, ils auront prouvé toute leur utilité.
    Bien sûr que les livres d’occasion sont une ressource précieuse. Mais on ne trouve pas toujours dans une brocante le livre qu’on cherche. Je ne dis pas que les brocantes ne servent à rien, c’est bien aussi d’aller à la découverte de livres qu’on ne pensait pas acheter.

    La différence avec les livres électroniques, c’est qu’on a une immédiateté prodigieuse : on découvre un livre libre de droit qui nous enchante, on le fait aussitôt partager par e-mail à un ami qui a aussi une liseuse. Avec Internet, les collectionneurs ou les amoureux de l’objet livre peuvent aussi aller sur chapitre.com acheter le livre rare qu’il leur faut. C’est un autre plaisir, il en faut pour tous les goûts. Ce que je dis depuis le début, c’est que les e-books sont complémentaires des livres papier. Et le téléchargement de livres libres de droit sur Internet n’est pas du piratage, attention à ne pas faire l’amalgame…

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    Bel étalage de beaux sentiments, mais cela ne correspond à rien. Pourquoi la littérature intéresserait-elle les geeks alors que la musique, ils s’en foutent ? Il est pourtant moins fatiguant d’aimer Beethoven que Victor Hugo. Mais ils n’aiment pas Beethoven (et encore moins Wagner, et ils ne sont incapables de différencier Josquin des Prés de Guillaume de Machaut). Alors le domaine public, ce n’est pas leur affaire ! Chez Mozart il y a trop de notes et chez Proust trop de mots.

    En théorie, oui, cela peut exister. Une fois toutes les morts de pape, mais le reste du temps … Pas de quoi créer une émulation.

    D’ailleurs lire prend du temps. Gros inconvénient. On lira de moins en moins (on ne lit déjà plus beaucoup). Cette distribution de textes du domaine public avec les liseuses, c’est un alibi. C’est sans doute pire que tout simplement parce qu’on sélectionne forcément les textes les plus populaires. Et qui sélectionne ? Des commerciaux. Cela réduit le choix.

    On ne trouve pas à la brocante le livre qu’on cherche exactement. Et alors ? Il y en a d’autres. Le petit geek égaré à la brocante est-il si savant qu’il lui faille lire ce livre-là précisément et non un autre ? Quelle blague ! D’toute façon sur sa liseuse, il ne le trouvera pas non plus. Il trouvera ce qu’on lui a préparé. Pauvre geek, qui sera soumis une fois encore au diktat marchand ! Et même s’il le trouve, son livre du domaine public, statistiquement, il le trouvera ennuyeux et ne le lira pas.

    Tu m’as pas dit : quel est le dernier livre du domaine public que tu as lu, vraiment lu ?

    Et toi, Vanessa ?

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    La peau de chagrin, de Balzac, pourquoi ?
    Je me considère comme une geek, j’adore la musique et la littérature. Je crois qu’il y a pas mal d’autres personnes dans mon cas. Catégoriser les gens comme ça, c’est totalement ridicule.
    De toute manière, on en revient toujours au même point : seul l’avenir pourra donner raison à l’un de nous. Je vais fermer cette discussion, parce qu’à part tourner en rond, je ne vois pas du tout comment on avance.
    Les liseuses ont des points positifs et des points négatifs, les livres papier ont des points positifs et des points négatifs, comme toute chose. Dire “ce truc est mieux parce que ci, parce que ça”, c’est de la discussion de sourd. Il y aura toujours un truc mieux pour quelqu’un, que l’autre trouvera naze.
    A part ça, si je peux me permettre une dernière remarque : au final, les ordis, c’est nul, parce qu’écrire, on peut faire ça avec une bonne vieille machine à écrire, faire des calculs, on peut le faire avec une calculatrice, écrire des emails, oui, mais on peut écrire des lettres et les poster, non ? (paaaaaauvre poste, d’ailleurs… François, as-tu fait partie de ceux qui plaignaient l’industrie de la poste, pour ce marché perdu ? Quid des télégrammes ?) Quant à la recherche de l’information, pourquoi les gens ne vont-ils pas dans une bibliothèque !
    Etonnamment, l’ordi, ça a l’air de bien marcher, maintenant. Pourtant, c’est un truc de riches, non ? Les petits africains, perdus dans leur brousse, n’ont pas d’ordinateur (ils n’ont probablement pas de livres non plus). Ça n’empêche pas une partie du reste du monde d’en avoir.
    La technologie, c’est pour les riches. Mais au final, les livres aussi. Et la culture. Et la médecine. Et tout le reste.
    Donc, on fait quoi ? On balance tous nos télés, téléphones, ordis portables, GSM, médicaments et autres par solidarité ?
    Perso, j’ai une liseuse et un ordi portable, les deux ne sont pas interchangeables et remplissent une fonction différente. J’ai un bon millier de livres aussi, et pareil, pas la même fonction. Je préfère lire un livre “papier”, mais si je peux télécharger des livres “électroniques” du domaine public ou même des manuscrits de copains écrivains pour les lire plus confortablement que sur l’ordi, j’en suis très contente.
    Chacun son avis, et je pense que la tolérance est vraiment nécessaire.