Les Enfants de l\'Ô

de l \'écriture à la publication

extrait des liaisons presque dangereuses, de Luc Doyelle

Un article de lucius2 mai 2008 à 14:13

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Ses cuisses étaient moelleuses et tièdes comme deux petits pains sortis du four, et c’est tout naturellement que je pris sa main pour m’endormir comme un bébé. Elle ne l’entendait pas de cette oreille, et s’acharna à exercer des pressions sur ma paume pendant toute la durée du voyage. Pas moyen d’être tranquille dans cette voiture !

Le lendemain, sur la plage de l’Espiguette, alors que je demandais à la cantonade qui avait jeté des glaçons dans la mer, un drôle de poisson en maillot de bain se jeta sur moi pour me mordre les lèvres. Je ripostai avec courage. Le combat se termina par un match nul : soixante-douze points dans chaque camp. Une trêve fut négociée.

Élisabeth cachait fort habilement son jeu. Sous des dehors de jeune fille de bonne famille, grondait un tempérament de bohémienne. Elle vivait dans une caravane, à la lisière de Générac, et dansait tous les soirs le flamenco tandis que les Gipsy Kings jouaient Jobi, Joba à la guitare sèche. Tous les gars du village étaient là. Et Élisabeth, qui était simple et très sage, présumait que c’était pour voir les Gipsy Kings.

Un soir, je la rejoignis dans sa caravane. Après avoir essuyé deux coups de fusil du propriétaire des lieux[1], je m’engouffrai dans la roulotte moderne et repris mon souffle. Elle m’attendait, couchée, les bras ouverts. Je ressentis le besoin de prendre une douche.

(Le paragraphe suivant a été censuré par le Comité catholique des jeunes lecteurs de la paroisse de Jouy-sur-Yvonne. Veuillez nous excuser pour le désagrément.)

Nous nous promîmes monts et merveilles. Surtout des monts, car ma passion du ski était encore très forte. Je repartis pour le Jura, et il ne fallut pas longtemps pour que je décide de kidnapper mon employeur pour qu’il déchire le contrat de cinq ans qu’il m’avait fait signer le jour de mon embauche. Élisabeth avait empoché un diplôme d’ingénieuse, spécialité eaux, boues, sulfure d’hydrogène, rouille et autres sympathiques oxydations de tuyauteries. Elle était partie traîner ses sabots en Lorraine, et j’en profitai pour m’enrôler comme infirmier à Sarreguemines, en unité pour malades difficiles, catégorie Musclor, la prime de risque de 595 francs en témoignait sur mon bulletin de salaire. L’expression « malades difficiles » ne signifiait pas que les patients trouvaient la nourriture mauvaise, mais plutôt qu’ils auraient tué père et mère pour une cigarette. Certains, d’ailleurs, en étaient passés par là. Environ la moitié de la population hospitalisée, pour être précis. L’autre moitié était composée de psychotiques particulièrement imprévisibles, et tout l’arsenal thérapeutique était utilisé à seule fin de prévoir l’instant où l’un d’entre eux nous planterait un cure-dent entre les omoplates, les couteaux et fourchettes étant naturellement prohibés en ces lieux. Aussi, chaque fois que je croisais un patient se curant les dents, je me positionnais mentalement en garde, le poil hérissé, prêt à lancer mon uchi mata. Le patient le plus spontané, dans son genre, se prénommait Abdel et écrivait à ses parents, toutes les deux semaines, la même lettre :

Chers parents,

Je vous écris cette lettre pour vous demander si tout va bien et que moi aussi.

Envoyer moi au plus vite un radiocassette de marque AIWA.

Je vous embrasse,

Abdel

Les parents ne répondaient jamais, ce qui agaçait Abdel, qui passait alors le temps à fracasser des vitres de sécurité de dix centimètres de large, avec son front, puis à s’ouvrir les veines par l’ouverture pratiquée, histoire de vérifier s’il possédait, comme les autres, ses six litres de sang. S’il est vrai que la musique adoucit les mœurs, l’on pouvait observer que l’absence de musique provoquait l’effet inverse. Le cœur brisé par tant d’indifférence familiale, Abdel succomba à une crise cardiaque au cours de son ultime séance de casse frontale.


[1] Il est très difficile d’essuyer un coup de fusil. Cela demande une grande vivacité, ainsi qu’une précision hors norme.



40 commentaires pour “extrait des liaisons presque dangereuses, de Luc Doyelle”

    1

    Les petits pains sortis du four ne sont pas tièdes, mais brûlants. Il faudra mieux se relire, la prochaine fois, monsieur Luc.

    2

    Tout dépend de combien de temps ils sont restés dans le four éteint avant d’être sortis :)

    3

    D’après la suite du texte, elle n’est pas tiède, la demoiselle. Donc il faut mieux se relire avant de publier. CQFD.

    4

    @ Ness
    Tu es pourtant très moderne, mais tu te laisses entraîner dans le sens inverse de l’histoire, comme celui qui regarde dans le rétroviseur.
    Luc utilise un four à micro ondes pour réchauffer ses petits pains du petit déjeuner !

    6

    Moi, je lis un truc et lorsque je tombe sur une bizarrerie à la première ligne, je le dis. Après, chacun fait ce qu’il veut. Mais une fille tiède, c’est dommage.

    Bref, la question du travail éditorial hors édition classique se pose toujours.

    7

    François, le roman de Lucius est publié en édition classique. Et je ne trouve pas la phrase bizarre du tout, mais bon.

    9

    @ Ness

    C’est une question freudienne que tu soulèves là.
    Tu sais très bien que certains membres des lecteurs réagissent dès qu’on parle de cuisses au deuxième mot d’un texte, quel qu’il soit, même s’il s’agit de celles de Jupiter.

    12

    C’est le temps qui vous reste pour faire aisément une modification.
    Par contre, comme vous êtez l’auteur du billet d’origine, vous pouvez modifier/modérer tout commentaire de votre fil.

    13

    Effectivement, JP a raison. En tout cas, que de polémique pour cette première phrase ! Luc, je crois que tu as eu bien raison de l’écrire ainsi, ton post va bientôt passer dans les posts les plus commentés du blog, et ton roman va exploser la barre des stats google ^^

    14

    Non, Vanessa, Ce n’est pas un éditeur classique. Je ne sais puisque j’ai très activement participé à l’édition du roman d’Hervé Croënne. C’est un imprimeur à la demande, qui n’investit pas dans la publication : pas de travail de correction, pas de travail éditorial, etc.

    Ceci dit, j’aime bien chercher la petit bête. Après tout, ces livres sont vendus au même prix que ceux de Proust et il faut bien les comparer à ceux des maîtres. Au delà de cet adjectif (à mon avis) maladroit, il y a la question du laxisme éditorial rendu possible par ce genre d’édition. Ce phénomène va sans doute s’accentuer dans les années à venir surtout si les afficheuses de .pdf se répandent.

    Il paraît que c’est un phénomène franco-français. Je n’ai pas encore vérifié, mais à ce que je lis ici et là, c’est particulier à la France, que tout le monde veuille être lu et personne ne veut lire. C’est donc un phénomène intéressant.

    Quand à la polémique sur ma remarque inititale, il ne tenait, évidemment, qu’à vous de ne pas la lancer.

    17

    C’est toi qui le dit, Lucius, si l’éditeur imprime cent exemplaires, c’est comme si c’était à la demande : il n’a pas investi et, donc, n’est pas concerné par les ventes. Cent exemplaires, c’est ce que l’auteur peut vendre lui-même par relations. L’éditeur n’est donc pas concerné par ce qu’il propose.

    D’ailleurs quel éditeur réel peut ne proposer que des inconnus ? Aucun. Ce n’est donc pas de l’édition à proprement parler..

    Il faut aussi faire attention à la collusion d’intérêts, la tienne et celle de ton éditeur. C’est source de bien des excès, aussi, en paroles et en actes.

    18

    @ Lucius,

    Je saisis votre réaction toute naturelle, et je l’apprécie, comme il se doit, et ce que je vais écrire maintenant ne vous concerne pas.
    Je souhaite revenir sur un problème majeur qui concerne ce blog.

    C’est celui de notre amie, Vanessa, il est tout récent et il doit se caractériser par le sérieux de ses participants, et encore plus quand il s’agit d’auteurs inscrits.
    N’oublions pas que Vanessa est occupée très sérieusement à la création de son nouveau site web, et que les radio/télé reporters vont bientôt se manifester, ainsi que les paparazzis de tout genre.
    Quant on connait ces fouinards là, on se doit de maintenir le sérieux dans ce blog.
    On est là pour coopérer, alimenter, et tout ça le plus sérieusement possible, sans allusion ni phrase à double sens.
    Il y a bien de la place ailleurs pour sortir des petits jets de fiel ou d’ironie, si on est tombé dans ce chaudron là, étant tout petit.
    Merci à tous de bien saisir le problème et de tourner sept fois ses doigts avant de taper sur le clavier.
    La rigolade reste possible, bien sûr, mais la rigolade de bon aloi, celle qui existe entre amis sincères.

    21

    @ Lucius,

    Je suis d’accord, mais pour Vanessa, nous sommes tous ses amis, donc elle n’interviendra vraisemblablement pas sur ces dérives-là.
    Elle en a déjà laissé passer une énorme, qui n’était pas du tout anodine, donc, c’est comme ça, il faudra faire avec.
    Le véritable et seul modérateur possible, c’est le bloc homogène que nous devons former, non pas pour couper des phrases, mais pour manifester notre mécontentement relativement à l’intéressé.
    Il atteindra vite ses limites, et se fera plus discret/absent, d’un seul coup.

    22

    Ah, je vois qu’un bloc homogène est requis. M’étonne pas, il y a bien collusion d’intérêts. Jolie démonstration, messieurs, je vous félicite.

    23

    En effet, je n’interviendrai pas dans vos querelles, je n’ai pas envie que ce blog soit le blog de la censure, ce n’est pas non plus un forum avec des modérateurs, je suis pour la liberté d’expression, et tant qu’il n’y a pas d’insultes, je ne censurerai pas les commentaires.
    En revanche, je tiens à préciser que les Nouveaux Auteurs ne sont pas seulement un éditeur à compte d’auteur, vu qu’ils font aussi du compte d’éditeur. Le livre d’Hervé a été publié à compte d’auteur, celui de Luc, non. (ou alors corrige-moi, Luc)
    Cela dit, après avoir vu le premier contrat proposé par LNA, je peux effectivement confirmer que ce n’est pas un éditeur traditionnel, au sens où on l’entend pour Albin Michel ou Gallimard.
    Notez que cela n’ôte rien à la qualité du livre de Luc, que j’ai beaucoup aimé et que je recommande vivement.

    24

    @Luc : le sitemap XML de mon site est prévu pour mettre en “top position” les articles les plus commentés. Donc, plus l’article est commenté, plus il est jugé important.
    @François : pourquoi tu ne viendrais pas faire un article sur l’édition à compte d’auteur et l’édition à compte d’éditeur ?
    @JP : merci de ton soutien. Mais honnêtement, si les gens se tapent sur la gueule dans les commentaires, je ne pense pas que ça aura une incidence sur le “sérieux” de mon blog. J’ai choisi de ne pas censurer les commentaires, mais je ne veux pas non plus une ambiance de merde sur ce blog, pas plus que je ne veux une ambiance de “tout le monde est gentil avec tout le monde”. J’aimerais juste que les gens se respectent. Ce n’est quand même pas si compliqué, si ?

    25

    Il existe plein de documentation sur les pratiques éditoriales. A quoi bon rajouter une entrée de blog sur un sujet déjà rebattu ?

    En 1975, il y avait trois compte-d’auteuristes, plutôt crapuleux. Le CALCRE a lutté courageusement pendant vingt-cinq ans contre ces abus. Aujourd’hui, le CALCRE a disparu et les compted’auteuristes sont inombrables, plus la version soft que représente les publieurs à la demande, genre LNA.
    A quoi bon argumenter ? C’est pisser dans un violon.

    Les écrivains se sont lumpenprolétarisés eux-mêmes, en chantant, comme les poilus de 14 sont partis à Berlin. Aujourd’hui, les auteurs acceptent de ne pas être payés. Belle réussite. Cela va empirer. De toute façon, il n’y a plus de lecteurs.

    Nous sommes dans un contexte d’Extension du domaine de la lutte, au sens de Houellebecq. Cf son premier roman, qui parle d’amour, mais la problématique est la même.

    27

    Je te comprends, je suis moi-même un peu pareille. Même si j’ai l’air assez extravertie et très bavarde, au fond, je suis une grande timide. Et je dois me mettre des coups de pied aux fesses virtuels à chaque fois qu’il faut que je parle de mon roman.
    Malheureusement, c’est comme pour tout : si on ne parle pas de ce qu’on fait et si les autres n’en parlent pas, au final, personne n’en parle et ça reste dans l’oubli.

    @François : oui, tout a déjà été fait. Mais ça n’empêche pas d’en reparler, je pense.

    28

    Bon, je commençais à m’intéresser à LNA, ça tombe bien… Je crois que je vais quand même tenter le coup. Après tout ça ne ressemble pas à “M…point com”.

    C’est mardi, tiens, ce soir je suis de boulangerie, et mes petits pains, eux, sortiront brûlants du four.

    Miam!

    29

    JC, si tu es accepté par LNA, regarde avec Luc pour le contrat. Le contrat de base est un attrape-couillon, il a fait modifier le sien.

    31

    @ Lucius,

    Il ne faut pas exagérer l’importance de la scène passée, le rideau est tombé, le grand spectacle de la vedette américaine est terminé.
    Reste avec nous, et participe comme tu sais bien le faire, c’est tout ce qui importe.
    Après un coup raté, un vilain méchant s’en va tout seul, ou met de l’eau dans son vin.
    Je sais, j’ai déjà donné (ailleurs).
    Allez, réponds à cet appel à la raison !

    33

    :confused:

    Ah… Manuscrit.com…

    :D

    34

    OK, bien vu.
    Laissons un peu de temps passer…

    35

    >>JC, si tu es accepté par LNA, regarde avec Luc pour le contrat. Le contrat de base est un attrape-couillon, il a fait modifier le sien.<<

    Bien, ça commence à sortir des placards.

    36

    Mais ça, ce n’est que mon avis. Le contrat comportait des lacunes. Une fois remodelé, il était très bien.
    De toute manière, tu sais déjà ce que je pense de l’édition traditionnelle. Donc, même si Albin Michel me proposait un contrat, je le trouverais pourri aussi.

    37

    Oui, mais Albin Michel sait vendre des milliers de livres dans n’importe quel domaine. Il parvient même à faire du best-seller avec du théâtre (Yasmina Reza, Eric-Emmanuel Schmitt), alors, ce genre de pourriture, c’est comme pour le Montbazillac, ça se supporte.

    38

    Mouais. En même temps, je suis sûre qu’Albin Michel a aussi pléthore d’auteurs inconnus au bataillon dont ils ne font pas la promotion et dont les invendus passent au pilon.
    Mais bon, de toute manière, si un éditeur fait correctement son boulot, je pense qu’on ne peut pas le lui reprocher. Apparemment, l’éditeur de Luc remplit sa part du contrat, c’est le principal.

    39

    Ben… l’un des rôles d’un éditeur, et non le moindre, c’est de vendre le livre.

    40

    Et c’est ce que font les Nouveaux Auteurs. Point final, discussion close.