J’écrirais bientôt un article sur ma propre méthode d’écriture, qui est radicalement différente de celle de Lily, mais pour le moment, je vais simplement vous parler de la rébellion des personnages.
Je suis sûre qu’il vous est déjà arrivé de créer un personnage, de définir son caractère, les gens qu’il devait aimer, ceux qu’il devait détester, et de vous rendre compte au milieu de l’histoire que votre personnage a pris vie et qu’il n’est absolument pas d’accord de se cantonner au rôle que vous aviez si bien préparé pour lui. Que ce soit un personnage secondaire qui fasse un “putsch politique” pour parvenir au premier plan, que ce soit l’héroïne un peu nigaude qui décide soudain de s’émanciper et de se la jouer Erin Brockovitch,
ou encore deux amants destinés l’un à l’autre qui préfèrent aller voir ailleurs si l’herbe est plus verte et le ciel plus bleu, ils ont pris vie et vous ont “échappé”.
J’ai face à ce phénomène une attitude assez positive : mes personnages sont si “réels” qu’ils ont leur propre vie. S’ils refusent de faire ce que je leur dis, c’est mon erreur, pas la leur. Têtus, bornés, bien décidés à me casser les pieds, mes personnages me mènent à la baguette. S’ils ne sont pas contents d’une scène, ils savent bien se manifester pour me forcer à revenir dans le droit chemin : le leur.
(bon, je l’admets, j’ai l’air d’une parfaite petite schizophrène, dans cet article.)
Tout à l’heure, en pleine écriture du chapitre 9-V, je travaillais sur une scène que j’avais bien préparée, explorée, prévue sous tous les angles, etc. Même si je n’ai pas écrit pendant près d’une année, ça ne veut pas dire que je n’ai pas pensé à mon histoire, donc cette scène, je la connaissais bien, depuis longtemps. Seulement voilà, depuis le début de la matinée, je procrastine, je tourne en rond, je regarde des conneries à la télé, tout ça pour ne pas me mettre à l’écriture de “la scène fatidique”. Ça m’énerve, vu que je connais parfaitement cette scène et que je n’ai, finalement, qu’à la décrire en tant que bonne spectatrice. Je me mets enfin à l’écriture de la scène, et en plein milieu, boum !, changement de cap. Mon personnage a décidé de ne pas être la cruche débile qui se laisse faire (non, je ne parle pas de Ludméa, mauvaises langues !) et de montrer qu’elle aussi, elle a du caractère, et qu’elle ne va quand même pas se laisser marcher sur les pieds.
Résultat : une scène qui n’a rien à voir avec ce que j’avais prévu, mais qui est bien plus dans le style de mon personnage que celle que j’avais en tête au départ. Maintenant, une fois le point final écrit, je me dis qu’elle est beaucoup mieux comme ça, et je remercie mon personnage d’avoir tiré la sonnette d’alarme : “alerte, scène OOC !”
Le terme OOC est surtout utilisé dans les fanfictions et signifie “out of character”, mais j’aime l’employer aussi ailleurs. Mon but, dans les Enfants de l’Ô, c’est d’explorer les relations entre personnages (et aussi d’écrire une histoire, évidemment), et rien de tel que des scènes complètement OOC pour briser le réalisme.
Un compliment qui revient souvent sur mon roman, c’est : “Tes personnages sont tellement réalistes qu’on n’a pas l’impression qu’ils sont juste des héros de roman”. Et c’est peut-être justement en leur lâchant la bride que j’arrive à cultiver ce réalisme.
Et vous ? Des rébellions dans les rangs ? Une mutinerie en vue ? Vos personnages vous ont-ils, vous aussi, réduits en esclavage ?

le 14 avril 2008
à 5:33
Haha, oui, le gentil grand-père qui s’est transformé en être froid et calculateur ! Encore, j’ai pas vraiment lutté contre lui, ça m’amusait qu’il soit comme ça.
La pire, c’est Jeanne, de ma deuxième pièce de théâtre. Je me suis battue avec l’écriture de cette pièce pendant très longtemps, parce que je voulais que Jeanne raconte son histoire, mais j’ai été incapable de la faire parler. Elle ne voulait pas dire un mot. Quand j’ai essayé de faire raconter l’histoire de Jeanne par les autres personnages, l’écriture a décollé. Et finalement je me suis rendue compte que ça servait mieux le propos de la pièce. La pièce est sur elle, mais elle ne doit avoir qu’une vingtaine de répliques, et toutes dans la dernière partie. Sinon elle est là et elle se tait, obstinément.
le 14 avril 2008
à 12:54
J’ai aussi des personnages qui n’en font qu’à leur tête. Il y a en qui m’embête beaucoup plus que d’autres, c’est le premier à s’être émancipé, d’ailleurs. Il s’agit d’un obscur petit espion qui phagocyte tellement le début du roman que presque tous les relecteurs pensent que c’est lui le héros. Mon problème est de le faire disparaître parce que dans la suite de la guerre, il ne sert à rien.
Dans le roman que je veux corriger actuellement, le PDG enfermé dans sa maison s’est révélé nettement plus coriace que prévu, multipliant les tentatives d’évasion non prévue et les bravades envers sa geôlière au lieu d’être très vite incapable de quoi que ce soit. Mais là, c’est pas grave, ça donne du piment au roman. Et geôlière s’est révélée plus sadique que prévu, elle qui est éprise de justice.
le 14 avril 2008
à 15:15
Avec ma méthode de travail, c’est assez rare que mes personnages se rebellent lors de l’écriture. En fait, ce n’est arrivé qu’une seule fois, c’est très récent, un personnage qui tombe follement amoureux de quelqu’un qu’il est sensé détester. Je l’accepte comme ça tombe, même si c’est très étonnant, et ça développe tout un tas de questions annexes, à la fois sur ces deux personnages et à la fois sur l’ensemble de l’histoire (la réaction des autres personnages, les conséquences d’un départ à l’étranger imprévu…). Ce qui remet tous mes beaux plans à l’eau, mais en même temps, rend l’écriture beaucoup plus intéressante à mes yeux !
le 15 avril 2008
à 18:57
Si les commentaires précédents ne t’en avaient pas déjà persuadée, alors je te ressure, Ness : tu n’es absolument pas schizophrène XD Ou bien c’est que tous les écrivains le sont ( ce qui au fond, ne m’étonnerait pas plus que ça )
Je crois que le problèmes des personnages rebelles est récurrent… ou du moins, assez courant. Forcément, ce qu’on avait prévu avant d’écrire évolue durant l’écriture. C’est comme tout : planifier, ce n’est pas vivre. C’est seulement quand on vit la situation qu’on voit si l’on peut ou non appliquer ce qu’on avait planifié… Et comme il n’est rien de si vivant que l’écriture…
S’il faut donner un exemple personnel, effectivement, cela m’arrive régulièrement. Un personnage qui au départ ne devait être que le frère d’armes du héros est devenu son amant, une ennemie déclarée est devenue une une indifférente amicale, une marraine miraculeuse est devenue une aventurière qui a brisé le coeur de toute sa famille… Bref, les persos sont vivants, et comme tu le dis, c’est tant mieux